Il est plutôt rare de voir autant de citoyens à une séance régulière du conseil, peu importe la municipalité. Mais une majoration de la taxe foncière 87,6 pour cent, c'est aussi possiblement du jamais vu. Une dame a précisé que son compte passera de 1700 $ à 4100 $ cette année, un bond prodigieux de 141 pour cent.
Dans un climat somme toute assez serein dans les circonstances, les citoyens visiblement outrés ont posé des questions pendant plus de deux heures. Ils voulaient se faire expliquer cette hausse de taxes qualifiée d'excessive et qui étranglera les contribuables aux revenus plus modestes, dont les jeunes familles et les personnes âgées, en plus de nuire au développement.
Le maire François Lemieux a donc relaté toute l'histoire à partir de l'annonce en 2008 de la ministre Nathalie Normandeau d'un projet d'assainissement des eaux usées de 5,2 M $, dont Landrienne ne devait assumer que 400 000 $, soit environ 8 pour cent de la facture. C'est tout l'imbroglio dans ce dossier qui serait en grande partie responsable de cette hausse de taxes.
Une enquête administrative
Le maire a assuré que le chantier de la phase 1, effectué en régie interne par la municipalité, s'était déroulé rondement en 2009, en dépit de certains dépassements de coûts jugés normaux, puisque les estimés avaient été préparés trois ans auparavant. Il a insisté sur les nombreux délais occasionnés, selon lui, par le gouvernement, et qui coûtent très cher à la municipalité. Par exemple, le gestionnaire du projet au ministère des Affaires municipales aurait changé cinq fois. Trois sont partis à la retraite.
Il y aussi eu une enquête administrative en 2010, qui a finalement démontré qu'environ 200 000 $ de dépenses avaient été effectuées légalement, mais hors des normes du ministère. La municipalité reconnaît et assume cette erreur, mais ce processus a surtout retardé le projet d'une autre année. Des délais qui ont entraîné des dépenses additionnelles que le gouvernement refuserait de reconnaître et compenser.
Des délais coûteux
«Nous avons répondu avec diligence, et chaque fois à nos frais, aux nombreuses demandes qui nous ont été faites par les fonctionnaires. Tant qu'on ne peut pas emprunter, on est sur la marge de crédit et ça nous coûte environ 180 000 $ par année en intérêts. Le chantier est arrêté depuis le 15 décembre 2009, mais on paie des intérêts chaque année. On a enregistré un déficit en 2010, mais on ne voulait pas en faire un autre en 2011, de crainte de nous retrouver sous tutelle. Et là, c'est moi que vous auriez pendu, parce qu'on aurait dû payer la totalité de la facture cette année», a-t-il affirmé aux citoyens en colère.
Résultat, selon le plus récent calcul de la municipalité, elle se trouve à payer près de 1,9 M $ sur un projet de 4,5 M $, dont le gouvernement ne reconnaît pour le moment que 4 M $. La part de la municipalité accote donc pratiquement celle du gouvernement, assumant 46 pour cent des coûts de la phase 1.
Si le dossier était présumé réglé selon un fonctionnaire en novembre 2010, ce n'est finalement qu'un an plus tard que la municipalité a reçu du ministre Laurent Lessard la confirmation d'un ajout au projet de 252 000 $ et l'autorisation d'emprunter sur 20 ans.
À la recherche de solutions
Peu rassurés, les citoyens ont demandé au maire comment ils pourraient l'aider à régler ce dossier. Ils ont aussi suggéré que soit retardée la phase 2 du projet (estimée à 3,7 M $, facture partagée avec les ministères des Transports et des Affaires municipales) le temps de régler la phase 1. Ils ont aussi voulu savoir ce qu'il adviendra de leurs taxes si une entente intervient avec Québec.
François Lemieux a répondu qu'une démarche avec le ministre régional Pierre Corbeil, rencontré le 16 décembre, pourrait porter ses fruits. «Je veux donner une chance à ce processus. On semble si près du but, je ne veux rien compromettre. Et je peux vous assurer que tout break qu'on va nous donner, on va vous le donner sur vos taxes. Et si rien ne bouge, il faudra sans doute faire du bruit», a-t-il répondu, en précisant que la phase 2 doit tout de même se réaliser.
«Je serai là tant que je n'aurai pas tout fait ce que j'aurai pu pour sortir le monde de Landrienne de la m…» - François Lemieux
Sa part de blâme
Blâmé par certains citoyens pour sa gestion de tout cet imbroglio, le maire Lemieux a accepté sa part de responsabilité. «Je suis responsable d'une chose, et c'est de ne pas avoir pu empêcher ce qui nous arrive en ce moment. Mais ce n'est pas faute d'avoir essayé. Et je ne lâcherai pas mon poste, à moins que vous ne me montriez la porte. Je serai là tant que je n'aurai pas tout fait ce que j'aurai pu pour sortir le monde de Landrienne de la m…», a-t-il conclu.
Relisez notre texte sur le budget 2012 de la municipalité: «Aucun maire ne veut présenter un budget comme ça»
Vous pouvez aussi lire nos deux articles précédents sur la situation des eaux usées à Landrienne:
Eaux usées: une inertie qui coûte cher à trois municipalités (1er novembre 2011)
Assainissement: Landrienne ne pourra terminer cet été (31 mai 2011)

