À son avis, nous sommes en ce moment au milieu d’un cycle de 20 ans de la voiture électrique. Le CNTA, situé à Saint-Jérôme, agit pour le développement, la coordination et la mobilisation de tous les acteurs du milieu du transport terrestre avancé. Il favorise le développement et le déploiement des innovations technologiques ainsi que le développement et l’évolution des entreprises et des organismes dans ce secteur; il s’assure de la prise en charge des enjeux communs et des projets tant à l’échelle canadienne que sur la scène internationale.
Au cours d’essai de véhicules électriques la semaine dernière sur le circuit Gilles-Villeneuve, j’ai eu l’occasion de prendre quelques minutes avec M. Lavallée pour discuter de l’avenir à court et à moyen termes de la voiture électrique. Les premiers efforts de commercialisation à grande échelle remontent à 2000. C’est à cette époque, selon M. Lavallée, que les constructeurs ont commencé à prendre la chose au sérieux et à faire l’ébauche de plans mondiaux comprenant les infrastructures, les partenaires, les collectivités. Bref, une vision à plus grande échelle de la voiture électrique et des ses applications. À son avis, il faudra 20 ans avant que ces plans ne prennent vraiment forme. Nous sommes actuellement à la moitié de ce cycle, et c’est la phase où on commence la commercialisation de certains modèles.
Des progrès, mais encore beaucoup de chemin à parcourir.
Au milieu des années 90, les voitures à 100 % électriques offraient péniblement une autonomie de 80 kilomètres, plafonnaient à 90 km/h, et il fallait compter huit heures, en moyenne, pour recharger leurs batteries. Quinze ans plus tard, l’autonomie va de 100 à 160 kilomètres, les vitesses maximales sont passées à un peu plus de 100 km/h[R1] dans certains cas, et le temps de charge oscille encore entre 7 et 8 heures sur une prise à 220 volts. Bref, même si les avancées sont indéniables en termes de performances et de rendement, elles n’ont rien d’extraordinaire. Des performances assez médiocres qu’accompagnent des prix très élevés; et c’est malheureusement ce prix qui est un frein à l’autonomie. Mais alors, pourquoi un tel battage autour de modèles encore incapables de répondre aux besoins des automobilistes ? Simple, ils font des promesses environnementales terriblement alléchantes, du moins à l’usage, et le coût du « plein » d’électricité a de quoi susciter l’intérêt des plus blasés. Il faut dire que les voitures électriques ont de quoi séduire. Ni émissions polluantes à l’usage, ni mécanique bruyante : sur un plan éco citoyen, elles ont la cote. Ces aspects se voient d’ailleurs systématiquement mis à l’avant-plan dans la communication officielle, qu’elle émane du gouvernement ou des constructeurs. Il faut toutefois mettre un bémol. Le Québec a le privilège de produire l’électricité la plus propre au monde grâce à l’eau qui abonde chez nous. Mais au sud de notre frontière, chez les Américains, l'électricité est majoritairement produite avec du charbon, du pétrole ou du gaz naturel. Une voiture électrique pourra donc être qualifiée de propre au Québec, mais son bilan écologique change du tout au tout de l’autre côté de la frontière.
Mettre sur pied un réseau.
L’autre frein au développement rapide est le réseau. Certains parlent d’électro-optimisme en parlant du ton convaincant et convaincu de certains apôtres de la voiture électrique. Nissan est probablement le plus grand promoteur de la voiture électrique en ce moment. L’entreprise a chiffré à quatre milliards d'euros l'investissement déjà effectué pour le premier modèle de voiture électrique qui sera mis sur le marché à la fin de 2010, en l’occurrence la Nissan Leaf. Il vise la production totale de 500 000 modèles « à watts » dans les cinq ans, assurant même qu’ils auraient un premier effet sur les profits dans les trois ans. Certains trouvent que Nissan porte de grosses lunettes roses, l’avenir nous le dira. Il ne faut pas oublier que tout est à faire. Comme on l’a fait pour le pétrole, il faudra bâtir un réseau, des infrastructures pour supporter tout cela et, à ce chapitre, les experts du milieu évaluent encore à 10 ans, au minimum, le temps de réalisation de ces diverses étapes.
[R1]Dans le cas de la Nissan Leaf, on parle d'une vitesse maximale de 160 km/h.

