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Elle soigne «son monde» depuis plus de 40 ans

Monique Lachance, dans son bureau du CLSC Les Eskers à Rochebaucourt. Martin Guindon

Monique Lachance, dans son bureau du CLSC Les Eskers à Rochebaucourt.

Martin Guindon
Publié le 18 Avril 2012
Publié le 18 Avril 2012
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Infirmière depuis 51 ans, dont les 40 dernières années à Rochebaucourt, Monique Lachance est sans doute ce qui se rapproche le plus de l'infirmière de colonie que l'Abitibi a connue pendant de nombreuses années. Et à 71 ans, la retraite ne fait toujours pas partie de ses plans.

Sujets :
Fondation OLO , CLSC Les Eskers , Rochebaucourt , Québec , Loretteville

Originaire de Saint-Jérôme, où elle a appris son métier auprès des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph, elle pratiquait à Loretteville, en banlieue de Québec, quand un prêtre de Rochebaucourt (il y en avait trois à l'époque!) l'a approchée pour devenir infirmière de colonie en 1972.

«Je croyais que ça n'existait plus! C'était en plein ce que je voulais faire. On m'avait offert un poste dans une toute petite communauté sur la Côte-Nord. 36 familles à 32 ans? Je me suis plutôt dit que je prendrai ça à ma retraite», déclare en riant celle qui a succédé à la garde Eva Morin, qui était infirmière de colonie depuis 1941.

De 1600 à 600 âmes

Monique Lachance s'est donc établie à Rochebaucourt pour desservir aussi les communautés voisines de Champneuf (à 10 km), Lac-Castagnier (25 km) et Despinassy (15 km). La Morandière (17 km) s'est ajoutée à son territoire quand garde Bérubé est partie, un an plus tard.

«Le bureau était dans ma maison. Puis, j'ai adopté des enfants au début des années 1980 (cinq en tout, qu'elle a élevés seule, en plus d'avoir été famille d'accueil), alors j'ai acheté la petite maison derrière chez moi pour y aménager mon bureau. Je l'occupe toujours. Je le loue au CLSC», précise Mme Lachance.

Elle a été témoin de l'exode des années 1970, quand Québec a voulu fermer les paroisses dites marginales. Les maisons déménagées ou rachetées par le gouvernement, comme dans les films de Pierre Perreault mettant en vedette Hauris Lalancette, elle les a vues. De 1600 personnes quand elle est arrivée en 1972, la population a fondu à moins de 600 aujourd'hui. «Ils ont décidé de ne pas fermer les paroisses marginales, mais de plutôt les laisser mourir et c'est ce qui est en train d'arriver», affirme-t-elle, le ton grave.

Couvrir tous les besoins

L'isolement de Rochebaucourt (à 37 km de Barraute et 65 km d'Amos) fait en sorte que même aujourd'hui, le rôle de Monique Lachance dans sa communauté se rapproche beaucoup de celui de l'infirmière de colonie. «Je sais que mon rôle a changé, mais on demeure loin d'Amos. Je vais faire des consultations sur appel à l'occasion, si je peux éviter à quelqu'un d'avoir à faire 130 km pour se faire dire qu'il n'a rien. J'ai toujours couvert tous les besoins, sinon je me sens mal», précise-t-elle.

Outre des consultations, elle fait des prises de sang (une douzaine par semaine), de la vaccination et des suivis postopératoires. Sa présence de 21 heures par semaine (un horaire qu'elle a bien du mal à respecter!) permet aussi le maintien à domicile des aînés plus longtemps dans leur communauté. Et elle est bien consciente que le jour où elle partira, elle ne sera sans doute pas remplacée.

«Pour moi, ça n'a jamais été un travail. J'aime ça. Je me suis ennuyée une fois dans ma vie et c'était un après-midi de 1973» - Monique Lachance

Ce travail n'est pas un travail

Mais partir ne fait pas partie de ses plans. Celle qui était responsable du programme 18 mois pour une vie, l'ancêtre de la Fondation OLO à Amos, ne voit pas le jour de sa retraite, bien qu'elle soufflera ses 72 bougies en mai.

«Ils m'ont fêtée le 23 avril, les gens d'ici et du CLSC, et j'ai eu une commande pour continuer encore 20 ans, souligne-t-elle avec le sourire. Tant que je vais avoir l'énergie que j'aie en ce moment, je vais rester. Je prendrai ma retraite quand je ne serai plus capable de travailler. D'ailleurs, pour moi, ça n'a jamais été un travail. J'aime ça. Je me suis ennuyée une fois dans ma vie et c'était un après-midi de 1973», dit-elle le plus sérieusement du monde.

Est-ce que les gens du secteur Des Coteaux l'ont adoptée, après toutes ces années? «Je ne sais pas s'ils m'ont adoptée, mais moi je les ai adoptés! Je connais pas mal tout le monde ici, sauf les nouveaux. Je sais que je ne peux pas plaire à tout le monde. Je n'ai peut-être pas fait tout ce que j'aurais dû, mais j'ai toujours fait tout ce que j'ai pu», confie celle dont la devise est: «Elle ne savait pas que c'était impossible, alors elle l'a fait».

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    murielle hamelin
    - 18 Avril 2012 à 20:55:32

    Je suis si fière de te cotoyer ma belle Monique !!! Mille fois BRAVO bisous XXX

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